Mardi 28 juillet 2009
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Publié dans : Rhétorique
L'Odyssée a beaucoup moins occupé les critiques, et c'est déjà peut être un signe d'infériorité.
Longin et la plupart des critiques affirment avec raison que l'Odyssée est très inférieur à l'Iliade.
On ne voit dans l'Odyssée ni ces grands tableaux, ni ces grands caractères, ni ces scènes dramatiques, ni ces descriptions remplies de feu, ni cette éloquence de sentiment, ni cette force de
passion, qui font de l'Iliade un tout plein d'âme et de vie.
Homère avait beaucoup voyagé et savait beaucoup. Ses connaissances géographiques étaient si exactes que des savants anglais qui des siècles plus tard ont voyagé dans ces contrées ont vérifié
souvent de leurs recherches ce qu'il dit de la position des lieux.
L'Iliade et l'Odyssée sont remplies de fables, mais les unes élèvent et attachent l'imagination, les autres la dégoûtent et la révoltent. Les unes semblent faites pour les hommes les autres pour
les enfants.
Ulysse et ses compagnons enfonçant un arbre dans l'oeil du Cyclope endormi, après qu'il ai mangé deux hommes tout crus, n'offre rien que du puéril, comparativement aux exploits d'Achille.
La marche de l'Odyssée est languissante. Le poème se traîne d'aventures en aventures sans former un noeud qui attache l'attention.
La situation de Pénélope et Télémaque est la même pendant vingt quatre chants. Ce sont de la part des poursuivants toujours les mêmes outrages, dans les palais toujours les mêmes festins, et la
mère et le fils forment toujours les mêmes plaintes.
Ulysse est dans Ithaque dès le douzième chant de l'Odyssée, et jusqu'au moment où il se fait reconnaître il ne se passe rien
Le héros est chez Eumée, déguisé en mendiant, il y reste longtemps sans rien faire et sans que l'action avance d'un pas. L'auteur, il est vrai, a eu l'adresse d'ennoblir ce déguisement en faisant
dire par un des poursuivants que souvent les Dieux, qui se revêtent à leur gré de toutes sortes de formes, prennent la figure d'étrangers dans les pays qui veulent visiter pour y être témoins de la
justice qu'on y observe, ou des violences qu'on y commet.
On n'aime point à voir Ulysse couvert d'une besace aux portes de la salle à manger, dévorant avec avidité les restes qu'on lui envoie, un valet qui lui donne un coup de pied et le charge des plus
grossières injures, un des poursuivants qui lui jette à la tête un pied de boeuf, un autre qui le frappe à l'épaule, un gueux, surnommé Irus, qui vient lui disputer la place qu'il occupe, et le
grand Ulysse jetant son manteau et se battant à coups de poing avec ce misérable.
Il semble qu'à cette occasion Homère a outré les effets des contrastes et de toute mesure. Il fallait, sans doute, que le héros fut dans l'abaissement, mais pas dans l'abjection, qu'il fut méconnu,
outragé, certes, pour lui permettre ensuite de se montrer avec plus d'éclat, mais il ne fallait pas le placer dans une situation indigne de l'épopée.
La descente d'Ulysse aux enfers est aussi mauvaise que celle d'Enée est admirable, et l'on peut dire ici: Gloire à l'imitateur (Virgile) qui a montré ce qu'il fallait faire.
Virgile a en effet montré bien plus de jugement en ne mettant en scène avec Enée que des personnages qui doivent l'intéresser. Il y a en revanche dans la multiplicité des récits d'Homère ni choix,
ni dessein.
Mais il avait appris ces histoires dans les différents pays qu'il avait visité, et il voulait conter tout ce qu'il savait.
Ce jugement n'est pas un attentat à la gloire d'Homère, mais une preuve d'impartialité. Les beautés ne laissent pas insensibles dans l'Odyssée, mais sont fort en dessous de celles de l'Iliade.
Dans ce poème, non seulement il intéresse la curiosité, comme peintre de ces siècles reculés dont il ne reste point de monuments plus authentiques, plus précieux, plus instructifs que les siens,
mais aussi par l'attrait que souvent il a su répandre sur les peintures des moeurs antiques, de la simplicité et de la bonté hospitalière, du respect des jeunes gens pour la vieillesse, si bien
représenté dans la réserve et la modestie de Télémaque chez Nestor et chez Médélas.
On en peut dire autant de Pénélope, dont le caractère est nécessairement un peu passif dans tout le cours de l'ouvrage, comme l'exigeaient les moeurs de ce temps là, mais qui, à la reconnaissance
prêt, ne dit et ne fait que ce qu'elle doit dire et faire.
Ulysse, quoique trop dégradé sous son déguisement, et trop longtemps dans l'inaction, ne lisse pas de produire une suspension et une attente du dénouement qu'il eût été à souhaiter que l'auteur
rendit plus forte et plus vive. Le carnage des poursuivants est tracé avec des couleurs qui rappellent le peintre de l'Iliade.
Mais celle ci sera toujours la couronne d'Homère: c'est elle qui assure à son auteur le titre du plus beau génie poétique dont l'antiquité puisse se glorifier.
Par John Bastardi Daumont