Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 01:16
- Publié dans : Rhétorique
Tome 1, Livre premier: Poésie.
Chapitre 4 = De la poésie épique chez les anciens

                                                       


L'art de la tragédie a pris différentes formes chez tous les peuples qui l'ont pratiquée.

Les Anciens nous ont transmis trois ouvrages fondamentaux: 
L'Iliade, L'Odyssée, et L'Enéide.

En matière d'Epopée, il n'y a en réalité qu'un petit nombre de principes certains, le reste est à la disposition du génie;

Il est donc possible de discuter les règles en total et de les rejeter en partie.

La poésie est l'art que tous les peuples ont cultivé en premier, et l'Epopée a été le premier genre traité;

Après nos livres sacrés et les écrits philosophiques indiens et chinois, c'est Homère qui nous est parvenu en premier. Il ne nous reste que des fragments de l'Odyssée. 

A l'origine la poésie chante les Dieux et les Héros. Elle est à la fois héroïque et religieuse. 

Mais aujourd'hui, les Dieux des Anciens ne sont plus les notres, aussi le caractère sacré de la poésie a été abandonné. 

L'épopée est un récit en vers d'une action vraisemblable, héroïque, et intéressante.

En effet, un sujet peut être grand sans intéresser (exemple: la conquête du Pérou par Pizame).

Les conquérants furent des meurtriers, des barbares, mais les conquis se sont laissé égorger sans résistance, ce qui ne présente aucun intérêt narratif. En revanche, la conquête du Mexique par Cortez l'a exposé à des peuples belliqueux;


1)L'unité d'action est elle nécessaire?


Oui.

Il est nécessaire lorsque l'on s'occupe d'un objet particulier de le mener à un but proposé, car l'origine de cette forme de poésie est toujours de versifier une histoire. 

L'étymologie du mot poésie: produire, formation, du verbe faire;

Lamotte, dans son discours sur Homère, poe le principe d'une unité d'ation tout en étant ensuite pris de scupules:

« je ne sais pourquoi j'ai restreint le poème au récit d'une action. Peut être que la vie entière d'un héros, maniée avec art et ornée de beauté poétique en ferait une matière raisonnable; quel titre condamnerait on un ouvrage qui serait le modèle de toute la vie, la morale de tous les âges et de toutes les fortunes". 


C'est une erreur de raisonnement, car Lamotte introduit la morale dans l'analyse de la poésie épique (à quel titre?)


2) Quelle doit être la durée d'une action épique?


Aristote donne le premier axe de réflexion: pour lui:

« il ne faut pas offrir à l'esprit plus qu'il ne peut embrasser. »


L'action est donc unique, et a des limites temporelles. 

L'Iliade et l'Odyssée ont une durée de 2 mois;
L'Enéide, d'un an; 


3)L'épopée doit elle être écrite en vers?



Pour Aristote, 

L'Iliade, mise en prose, serait encore un poème.


Il y reconnaît inépendament de la versification l'invention d'une fable qui est la naissance de l'épopée.

Les modernes en revanche sont convaincus que l'on ne peut distinguer la versification de la poésie. 

La poésie, en effet, a un double avantage: elle élève le génie et repousse la médiocrité.


4)Le merveilleux doit il entrer nécessairement dans l'épopée?


Oui, à moins que le sujet n'en soit pas susceptible. Il serait absurde d'exiger la présence des Dieux de l'Antiquité dans un sujet moderne. 

Mais, ne soyons pas si prompts à médire du merveilleux. Condamner à ignorer, faut il nous ôter en outre notre ressource d'imaginer?

Qui ne peut souffrir que la pierre d'une tombe soit muette? où qu'un monument soit inaccessible?

La langue des Anciens était poétique, mais leur religion ne l'était pas moins. L notre peut élever le génie très haut, mais ne lui permet pas la même variété de fictions

Homère a suivi les idées de son siècle, et, pour reprendre Fénélon;

« Homère n'a pas fait les Dieux, il les a dépeint tels qu'il les a trouvé »


Lamotte lui est plus critique:

« Il fallait que les Grecs fussent encore dans l'imbécilité de l'enfance pour s'être contentés des Dieux d'Homère, car, quoiqu'on en dise, il n'en a introduit que de méprisables.
Qu'est ce que des Dieux qui n'ont pas fait l'homme, nés comme lui dans la succession des siècles, et multipliant les mariages, à la manière de la race humaine; des Dieux sujets aux infirmités et à la douleur, qui, blessés quelquefois par des hommes mêmes, jettent de cris, versent des larmes, tombent dans des défaillances, et qui, pour dire encore plus, ont des médecins. »


Que répondre à cette sévère analyse?

Certes, ce ne sont pas là des Dieux bien philosophiques. Mais, sauf erreur, ce sont des Dieux très poétiques. Cicéron avait déjà observé avant vous qu'il semblait qu'Homère eût pris plaisir à élever ses héros jusqu'aux dieux, et à faire descendre les dieux jusqu'à l'Homme;
Mais qu'en est il résulté en général? C'est que, malgré quelques défauts de convenance et de dignité que l'on avoue, et que seule Madame Dacier peut nier, il a le plus souvent flatté notre orgueil en donnant à ses héros cette grandeur extraordinaire que nous aimons à croire possible, et qu'il a rendu ses Dieux susceptibles du même intérêt dramatique que ses héros, en leur donnant les mêmes passions.

Ajoutons un exemle: Mars, blessé par Diomède; sans doute la raison ne permet pas qu'un Dieu soit blessé par un mortel. Mais combien n'est on pas content du poète, quand le dieu des combats va porter sa plainte à Jupiter, et que le Maître des Lieux et des hommes repousse d'un coup d'oeil terrible cette divinité sanguinaire qui cause tant de maux aux humains et, loin de s'intéresser à son malheur, lui reproche de l'avoir bien mérité. Quel tableau et quel leçon! on peut en prendre une idée dans l'ode de Rousseau Sur la paix, où il a heureusement imité ce beau morceau de L'Iliade. 


5)L'épopée doit elle avoir un but moral?


C'est une question qu'on a pas du faire. Car, l'épopée étant ce que l'on appelle une fable, elle referme nécessairement une leçon morale.

Mais les modernes ont surestimé ce point de vue. P. LEBOSSU par exemple, dans son Traité sur le poème épique, s'est essayé à prouver que le poème épique est essentiellement allégorique, qu'il faut d'abord que le poète établisse une véritable morale, et imagine une action qui en soit l preuve et le développement, et qu'ensuite il y adapte un fait historique et des personnages connus.

Il est très permis de douter que les poètes épiques aient procédé ainsi. 

Il est vrai que les évènements de l'Iliade font valoir tous les dangers de la discorde entre les chefs des nations. Mais est il sûr que ce fut le premier dessein d'Homère, qu'il n'ait fait L'Iliade que pour développer cette leçon, et l'Odyssée ue pour montrer qu'il ne fallait pas qu'un Roi fut absent d ses états? 

Si cela était, le sujet d'un de ses poèmes serait la condamnation de l'autre. Car l'Iliade représente une foule de princes qui ont quitter leur Etats pour venir assiéger Troie.

Et Homère ne nous fait entendre nulle part que ces princes eurent tort de s'être réunis pour venger la querelle de Ménélas, l'hospitalité violée et l'injure faite à la Grèce. Cette guerre est aussi juste qu'une guerre puisse être, et certainement Homère n'a pas voulu la condamner. 

Il est temps d'en venir à ce qui regarde la personne et les ouvrages d'Homère, et l'examen de ses beautés, de ses défauts et des critiques bonnes ou mauvaises qu'on en a faite.
Par John Bastardi Daumont
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Avocat / Auteur

Assistant de justice d'Eric de Montgolfier

(section économique et financière) 2004/2006

Premier Secrétaire de la Conférence du Stage 2007/2009

Vice Présidence du syndicat UJA 2008/2009

Représentant des jeunes Avocats au Conseil de l'Ordre 2007/2008

Webmaster du forum de juristes Panem Circenses

Auteur de l'ouvrage Les Secrets d'un Mentaliste, Editions de la Martinière. 

Délégué Communication association ADAIPE (Association des avocats intéressés par le droit pénal)

 

 


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